dimanche 5 juillet 2015

Le poids exact des choses

« Si douloureux sont la réflexion et le poids exact des choses. »
(Dói tanto a reflexão e o peso exacto das coisas)
João César Monteiro, Corpo submerso, 1959

La Comédie de Dieu

Jean de Dieu, maître glacier et responsable du « Paradis de la Glace » : « Ce n'est pas vous qui m'expulsez, c'est moi qui vous condamne à rester »

jeudi 10 juillet 2014

Infinie bonté

" Si Dieu, dans Son Infinie bonté, l’avait voulu, j’aurais dû enculer cette fille. Cela aurait, je le crois, changé entièrement le cours de ma vie. Maintenant c’est trop tard. Il n’y a plus un cul qui puisse me venir en aide. "

Journal parisien, Dimanche 8 août 1999
João César Monteiro, Une semaine dans une autre ville, Journal parisien & autres textes (éd. La Barque, 2012)

lundi 3 février 2014

De la Mort, du Goût et de la Délicatesse...


« En prévision de l'issue funeste, je demande à V. S. T. [Vitor Silva Tavares] qu'il fasse dire quelques messes pour la bonne recommandation de mon âme. Mais pas trop, que n'apparaisse aucune ostentation : je ne souhaite que la Messe de Notre Dame de Machaut, la Messe De beata Virgine de Josquin, la Messe en Si bémol de J. S. Bach et la Messe en Do mineur K.427 (avec le « et incarnatus est » chanté par la Stich-Randall) ou le Requiem K.626, dirigé par Bruno Walter, de Wolfgang Amadeus.
Il sera fait don de ma dépouille nauséabonde à la Fondation Gulbenkian. Pour le Centre Portugais du Cinéma, que dalle. Pas un rond ! La carte au trésor ira exclusivement aux amours. Saintes créatures ! »

João César Monteiro, Morituri te Salutant, & etc, 1974 (trad. P. Delgado)

jeudi 14 novembre 2013

La Sirène du Mississipi (François Truffaut), João César Monteiro, 1970


Article de JOÃO CÉSAR MONTEIRO paru dans le Diário de Lisboa du 27 février 1970


J'aimerai commencer à la manière de Jean-Luc Godard lorsqu'il commençait, autrefois, l'une de ses critiques. Je vais donc dire du bien de ce film, à la folie. Mais il me faut néanmoins, tout d'abord, expliquer l'abandon (exceptionnel) de certains « parti-pris ».
Je suis bien conscient que Truffaut, de par la nature même de son registre cinématographique et le caractère indéfendable de ses positions idéologiques, se situe en marge d'un nouveau cinéma. Je sais aussi que ses recherches formelles évoluent à l'intérieur d'une conception traditionaliste du cinéma, avec tout ce que cela implique de compromission équivoque avec le système. Dans ses derniers films, la peur panique du risque (la même peur, et pour les mêmes raisons, qu'a Julie, de l'amour) était terriblement perceptible. En d'autres termes, Truffaut gâtait ses acquis, c'est ce que, en art, on désigne habituellement sous l'étiquette « académisme ».
Tout comme son double dans La Sirène du Mississipi (Jean-Paul Belmondo), Truffaut, avec ce film, fait en sorte que le provisoire s'introduise dans le définitif ou, si vous préférez, que le définitif soit brisé par le provisoire et que la création conformiste, bien installée, pantouflarde, cède la place à la folie, au désir, à l'exaltation débridée (romantique, donc). Nous sommes en plein jeu de la fascination sans que les références au réel se perdent (ou le perdent). Et si la qualité de la fascination truffaldienne débouche sur le rêve (que nous partageons, si nous complétons la structure lacunaire du discours filmique) c'est pour permettre à ce dernier de s'inscrire davantage dans le réel et d'en faire partie intégrante, de telle sorte que l'un et l'autre se libèrent et s'enrichissent mutuellement. Il me semble que, bien plus qu'un rapprochement avec Sternberg (les citations sont souvent déroutantes), c'est à l'expérience du surréalisme que nous devrions, de plus en plus, apparenter Truffaut (serait-il nécessaire de faire l'inventaire des calembours, de l'appropriation magique et obsessionnelle des objets auxquels Truffaut a recours?). À force de jouer ce jeu (tout en respectant la règle du jeu) Truffaut finit par se jouer lui-même. Intégralement. Et à partir du jeu entièrement joué il ne reste plus rien si ce n'est le tout qui a été joué. Arrivé à cette extrême limite, le cinéma découvre (et fait) l'amour, dirais-je en paraphrasant André Breton. Les pas perdus? Il n'y en a pas.
Quand l'heure viendra où il faudra choisir entre la liberté et le cinéma, tout comme Truffaut, je choisirai le cinéma, mon amour.
La Sirène du Mississipi est un film réalisé en cinémascope et un « écran » de format normal (une scène) sur la trajectoire de l'expérience la plus profonde (donc la plus joyeuse et la plus douloureuse) qui puisse exister entre deux êtres : celle de la connaissance érotique. Comme tout grand film, celui-ci suggère différentes lectures, y compris celle de sa propre illisibilité.
Si nous gardons en tête que Pierrot (alias Ferdinand) se tue après la mort de Marianne (Godard) et que Louis vit après avoir accepté que Julie (alias Marion) ait tenté de le tuer (Truffaut), parmi plusieurs piètres conclusions, nous tirons la plus sentimentale : chacun a l'amant qu'il mérite (mérites cinématographiques mis à part, bien entendu). Faut-il brûler Truffaut?

João César Monteiro



Traduction du portugais : Pierre Delgado

vendredi 31 mai 2013

Le cinéma n'apporte aucune consolation


« Le cinéma n'apporte aucune consolation. Car il s'agit de pellicule, et la pellicule est loin d'être aussi savoureuse qu'une glace. C'est une matière physico-chimique, plus salé du côté de l'émulsion à cause des acides – lorsqu'on y passe la langue. Je ne sais pas s'il procure une meilleure santé. Mais il ne fait pas le bonheur. Qui plus est, à mon âge, il n'excite plus vraiment mon petit ego. Ce que j'aurais voulu ? J'aurais voulu ne pas être cinéaste, ne pas être artiste, être quelqu'un d'ordinaire, traversant imperceptiblement le grand magma social. Cela suppose une certaine jalousie : ce n'est pas la jalousie de ne pas être un grand cinéaste comme Murnau, mais la jalousie de ne pas être affable et sympathique comme le mari de ma concierge. Je n'y arrive pas. Parce que je touche à des choses qui ont à voir avec la création, avec l'art. »

João César Monteiro, Público, 1995
(trad. Pierre Delgado) 

dimanche 12 mai 2013

L'être humain ou ce qu'il en reste, doit être capable de vivre avec l'insolubilité de sa propre vie

« […]
Rencontre inattendue, peut-être dans le bus n° 100, avec Fausta, une vieille amie qui gagne sa vie grâce à diverses activités buccales dans les couloirs de l'Assemblée Nationale. J. V. l'accompagne jusqu'au dernier arrêt, à São Bento, tandis qu'ils égrènent le chapelet de leurs nombreuses aventures. Sous un soleil peu clément, le bavardage se poursuit sur toute l'eau passée, et qui devrait encore continuer de passer, sous les ponts. Dans un salon de thé, qui empeste l'arsenic et les vieilles dentelles, où les attend une vieille bigote, Dona Pulquéria, ils se désaltèrent. La conversation, portée sur la religion et d'autres afflictions, a le vent en poupe. Et quand elle se déroule de cette façon, il y a de quoi être satisfait. [...] » (Synopsis original du film Va et Vient, João César Monteiro)
  Va et Vient (2003) de João César Monteiro
[00:41:25...]
Fausta (Manuela de Freitas) — Il est bon que quelqu'un s'occupe des pauvres...
João Vuvu (João césar Monteiro) — On ne fait que ça depuis des siècles. Faute de mieux, on a même bricolé une religion pour les consoler.
Fausta — La vie a toujours été dure pour les pauvres.
João Vuvu — C'est pour ça qu'ils ont eu l'idée de cette blague sur les cornes d'un charpentier dont la femme, une pute juive, était tombée enceinte. « N'écoute rien, ne t'emballe pas, c'est pas un cas de répudiation, bien au contraire ! » Il y a eu, bien sûr, intervention divine, l'œuvre d'une colombe. Mais tout était normal, en état de grâce. Mieux encore... Tandis qu'on riait, dans le coin, à gorge déployée, on a persuadé le nigaud qu'il fallait répandre la bonne nouvelle. Finalement, chose inouïe, allait naître le fils de Dieu. « Trop tard ! » s'arracha les cheveux Joseph, touché par la lumière. « Oh, Marie! On a découvert l'immaculée fornication et j'ai oublié de noter la formule. » Il regarda de travers les crétins du coin, fit son baluchon et décampa avec la femme, à cheval sur un âne. Il avait dû faire le bilan de sa vie et avait conclu qu'il n'avait pas mérité cette frousse. Le fruit béni se fit homme et, comme tout escroc qui se respecte, il se contenta de seriner sa rengaine qu'on n'en pouvait plus d'entendre : que cette vie est une vallée de larmes.
Fausta — Il est mort sur la croix.
João Vuvu — Oui, et avec pas mal de raffut. Il leur a fallu trois jours pour tirer leur épingle du jeu en trouvant le moyen de le ressusciter pour que la farce finisse bien. Bien pour lui et mieux encore pour nous. Il manquait quelques prières et incantations pour édulcorer l'autre vie, celle de l'au-delà, bien connue de lui seul, pour y avoir été en compagnie de son Père. Dans celle-là, oui, ça serait bien... Une mer de roses, la noce, et pourquoi pas, à s'en foutre jusque-là! et, en plus, per secula seculorum.
Fausta — Et quelle est la solution ?
João Vuvu — Il n'y en a pas. Le suicide est-il une solution ? Si oui, et il y en a qui le disent, elle ne m'intéresse pas. Seul le problème est intéressant, jamais la solution. Et l'être humain ou ce qu'il en reste, doit être capable de vivre avec l'insolubilité de sa propre vie. (Extrait de Va et Vient de João César Monteiro)